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Carnets en vrac
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18 octobre 2014

Histoire d'une famille chat, quatrième partie

Avril 2013.

La petite sauvageonne allait bientôt avoir dix mois. Elle était en âge de procréer et je m'attendais d'un jour à l'autre à la voir grossir, tout en espérant bêtement que ça n'arrive jamais. Je craignais de voir le quartier envahi de chatons aussi sauvages qu'elle. D'autant plus que "Maman" avait de nouveau un très gros ventre.

Mon chat adoré était mort subitement le 10 février, sans que je comprenne pourquoi (le véto non plus) car il n'était pas malade. J'avais beaucoup de mal à me remettre de cette perte. Il me manquait horriblement.

Le 11 avril, j'avais rendez-vous chez un médecin. Ma fille n'avait pas cours et avait invité son copain, B,  à venir quelques jours à la maison.
En rentrant de mon rendez-vous, B m'accueillit joyeusement par un "Regarde ce qu'il y a sur ton balcon !".
Et je vis, dans une jardinière sans plantes mais remplie au tiers de terreau : la petite chatte noire, sa sauvage de fille, et... deux minuscules chatons, un tout noir et un tout blanc. Si je m'attendais à ça ! Deux naissances sur mon balcon ! Une étape franchie qui augurait sûrement de difficultés inconnues.

La petite famille resta deux jours dans la jardinière, la mère se levant seulement pour aller manger quelques croquettes et boire de l'eau, retournant très vite auprès de ses petits. Il faut savoir que des chatons nouveaux nés, et jusque vers l'âge d'un mois, ne peuvent pas réguler seuls leur chaleur corporelle. Ils peuvent très vite mourir de froid.
La Sauvageonne, elle, ne restait pas tout le temps dans cette cabane de fortune, mais revenait retrouver sa mère régulièrement. Et comme sa mère, elle s'occupait des petits, faisant leur toilette, et les tenant au chaud.
Deux chatons.
Au moins, il n'y en avait pas trois ou quatre...

Au troisième jour, quand j'ouvris mes volets, la jardinière était vide. "Maman" avait dû trouver qu'il y avait beaucoup trop de passage dans l'allée devant chez moi et avait déménagé son petit monde.

Le 23 avril, c'était le soir, il faisait nuit depuis un moment quand j'entendis des cris de petit animal dehors. De chaton ai-je pensé.
Ça faisait deux jours que la petite mère n'était pas venue pour manger. Je craignais le pire pour elle. Mais en entendant les cris, j'ai pensé qu'elle ramenait ses petits dans la jardinière.
J'ai ouvert mes volets du salon et suis allée voir. La petite chatte noire n'était pas là, mais au pied de mon balcon, dans les graviers, il y avait une petite boule de poils clairs qui criait, et sa grande soeur la sauvageonne à côté.
Alors, j'ai caressé le tout petit chaton (douze jours seulement...) à travers les barreaux, pour essayer de le calmer. Sa soeur regardait, et toute crainte enfuie, s'approchait de ma main, l'air inquiet. J'ai attrapé le mini pour le mettre dans la jardinière. Pauvre petite bête... Il était tout sale. Et il devait avoir faim. Quand je me suis éloignée, sa soeur l'a rejoint et à commencer à le nettoyer.

De voir que la grande soeur m'avait apporté l'un des petits me toucha beaucoup. Sous ses dehors de sauvageonne, elle avait compris que je pouvais l'aider. Je pensai que malheureusement, si elle avait fait ça, c'est qu'il était arrivé malheur à "Maman".
Je ne revis jamais le chaton noir.

Evidemment, il n'était pas question que je regarde mourir un chaton, même si ça m'embêtait qu'il soit né.
Le lendemain matin, il était toujours dans la jardinière avec sa grande soeur, qui s'occupait de lui comme une mère, à la différence qu'elle ne pouvait pas le nourrir.
Je fis donc une visite chez le vétérinaire, qui m'envoya chez un de ses confrères pour me procurer ce lait en poudre que j'étais venue chercher. Petite balade dans la ville sur mon vélo, il faisait beau et chaud (ce qui n'était pas coutume en ce début de printemps), je m'en souviens comme si c'était hier.

De retour chez moi, je constatai que la grande était partie, le petit était tout seul dans sa jardinière. Tant mieux, ce sera plus facile de le nourrir.
Enfin, c'était vite dit. Le petit ne voulait pas de la tétine (la boite de lait contient un petit biberon et plusieurs tétines), impossible de lui faire garder dans sa petite gueule. Je fis plusieurs essais, infructueux. Entre temps, épuisé, il s'endormait dans ma main. Comme je ne pouvais pas rester tout le temps avec un chaton, aussi mignon soit-il, je le posais sur mon canapé et le couvrais d'un pull bien chaud, ne laissant dépasser que sa tête.
Désemparée (il fallait que je nourrisse ce chaton, absolument), je retournai voir le véto qui me perça correctement la tétine. Mais le chaton ne voulait toujours pas boire au biberon. Inquiétude.

Sa soeur revint une ou deux fois sur le balcon, elle avait l'air de chercher le petit. Mais comme elle ne pouvait pas faire mieux que moi, j'avais décidé de ne pas lui redonner.

En soirée, j'eus la bonne surprise de voir revenir la petite mère. Amaigrie, affamée.
Je la laissai manger et enfin, je lui présentai son petit. Elle le renifla, feula, et s'en alla.
Dépit : la mère ne voulait plus de son petit. On dit que si un chaton prend une autre odeur que celle de la mère, celle-ci n'en veut plus. Ma veine. Mais que pouvais-je faire d'autre ?

Alors, je préparai un nouveau biberon de lait, et essayai de nouveau de le donner au chaton. Il ne voulait toujours pas boire (mais quelle tête de mule !). Mais comme il cherchait le lait qui coulait sur ma main, je versai petit à petit le contenu du biberon dans le creux de ma main. Et là, ce fut la fête : enfin, le chaton se mit à boire, il tétait-lapait le bord de ma paume, bruyamment, goulûment. Et il bu ses 15 ml. Victoire. Un souci en moins. Bon, après (je m'étais renseignée sur internet), il fallait le faire roter, et lui masser le ventre pour qu'il fasse ses besoins. Le rot, pas de problèmes, mais le reste, je ne savais comment bien faire, le chaton s'agitait.

Vers 23h, nouveau repas pour le chaton, avec ma technique, qui marchait à merveille. Sauf que le chaton s'en mettait partout et que je devais le nettoyer après.
J'étais en train d'essayer de lui faire faire ses besoins (j'étais désespérée, je n'y arrivais pas) quand sa mère et sa soeur vinrent pour manger. J'attendis qu'elles aient fini et remontrai le petit à sa mère. Sa grande soeur le reconnut tout de suite et sautilla de joie (trop mignon). Sa mère le renifla mais ne le rejeta pas comme en soirée. Alors je posai le chaton par terre. Et le miracle que j'attendais s'accomplit : sa mère et sa soeur l'entourèrent, et sa mère,finalement, s'allongea pour le nourrir et le lécher. Ouf.

Comme la jardinière était salissante, je mis un vieux pull bien chaud dans un panier, que je sortis sur mon balcon. La mère et sa grande s'y installèrent rapidement, laissant le chaton par terre. Ben quoi ?!!! Le petit criait, sa mère sortait du panier pour aller avec lui, mais retournait vite dans le panier. Plusieurs fois de suite. Ça me stressait d'entendre ce tout petit chaton crier, et il commençait à être très tard. Alors, je fis ce que ces nouilles de chattes ne faisaient pas : je pris le chaton et le déposai dans le panier.

Le lendemain matin, il y était toujours avec sa mère. Re-ouf.

La veille, j'avais donné un nom à ce tout petit chat blotti contre moi : Dune, de la couleur de son poil (il est né blanc, mais à douze jours, il avait pris la couleur du sable clair : Siamois en perspective... avec un père désigné : L'Ennemi). En revanche, je n'avais pu déterminer si c'était un mâle ou une femelle.

Au matin du 26 avril, la mère et sa grande étaient dans le panier sur mon balcon mais le chaton avait disparu...
Les mâles traînaient toujours dans les parages (pourquoi cela aurait-il changé ? Pourquoi auraient-ils arrêté d'arroser mon balcon... ?) et je craignais que l'un d'eux ne s'en soit pris au petit...

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