Insatisfaction
Je suppose que ça va passer comme tout passe. Mais le fait est que je me sens profondément insatisfaite de ce qu'il s'est passé avec le chaton.
Jeudi en fin de journée, D. est venue chez moi me rapporter la boîte de transport que je lui avais prêtée. Avec ses deux petites filles, mignonnes comme tout, charmantes, jolies. Un moment de grâce dans ma vie de solitaire. La plus jeune des fillettes, trois ans, me parlait en russe. Trop mignon. Sa grande soeur, sept ans, me traduisait. Maintenant, je sais dire chat en russe :)
J'ai donc eu des nouvelles de mon petit T, que je ne peux m'empêcher d'appeler "mon", j'avais tant d'affection pour lui (et ses câlins me manquent). Bon. Ne pas trop y penser, et puis mes chats ont retrouvé leur place, et ça c'est bon.
D. m'a raconté que le chaton est resté deux jours chez eux, et que la nuit, il criait (sûrement désespéré de se voir enfermé, seul - ici, il venait dormir avec moi, ou restait dehors parfois, je suis sure qu'il retrouvait son tonton, mon grand chat noir et qu'il dormait avec lui). La deuxième nuit, elle s'est levée. Elle m'a dit : " C'est un chat très intelligent. Il criait, il me regardait droit dans les yeux, on aurait dit un humain, ses yeux me suppliaient". C'est une jeune femme très sensible, proche de la nature et des animaux. Elle a compris la souffrance du minou et l'a confié à ses voisins, qui eux ont un jardin.
Comme les fillettes parlaient beaucoup, surtout la petite, toujours en russe, et que je ne peux m'empêcher d'être attentive à tout le monde, je n'ai pas pu en savoir autant que je l'aurais souhaité. Je sais juste que le chaton est souvent dehors, et qu'il n'a plus peur. Mais je n'en sais pas assez pour être certaine qu'il a maintenant retrouvé un équilibre et qu'il est heureux de sa nouvelle vie.
Par exemple, j'aurais aimé savoir s'il restait dans la maison par moment, s'il cherchait les caresses, s'il ronronnait toujours aussi fort, avec des espèces de petits gloussements de contentement.
Je ne sais pas et ça me trouble. J'avais sûrement une idée trop précise de ce que je voulais pour ce chaton. Mais ce n'est plus le mien, je l'ai obligé à partir et ça me rend triste quand j'y pense. J'ai une impression d'inachevé, d'inaccompli quand je repense à toute cette histoire avec lui, de son arrivée sur mon balcon à son départ. Je n'ai pas ressenti ça avec les chatons que j'ai donné l'an dernier, parce que je connaissais les personnes chez qui ils sont partis et parce que je savais qu'ils y seraient bien. Là, j'ai l'impression de m'être trompée, d'avoir fait n'importe quoi parce que j'étais pressée par le temps et par Dune qui n'en pouvait plus de vivre dehors tout le temps. Dans le fond, je sais que je n'ai pas fait n'importe quoi, j'ai pris soin de rencontrer la personne qui voulait prendre le chaton. J'ai espéré que le p'tit T supporterait de vivre enfermé. J'ai eu trois chats en appartement , dont un qui avait passé les trois premiers mois de sa vie en pleine campagne (les deux autres je ne sais pas, c'était des chats recueillis), ils n'ont pas eu l'air de souffrir de leur condition de chats d'appartement. Mais il faut croire qu'il avait trop pris goût à la nature.













